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Juin 23 2017

Congo-Brazzaville : Des droits des autochtones peinent à être respectés


Manque de centre de santé, éloignement de centre scolaire pour les enfants, discrimination…. des autochtones dans certains départements du Congo peinent à recouvrir leur droit. Une mission de monitoring a été récemment réalisée par une équipe de l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH).

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Selon les résultats de ce monitoring réalisé dans les départements de la Lékoumou, la Cuvette-Ouest et de la Sangha sur la situation des populations autochtones, dans le cadre du projet intitulé « Promouvoir les droits des populations autochtones à travers le renforcement du mouvement autochtone au Congo et l’institutionnalisation de la représentativité autochtone », financé par l’Union européenne sur instrument européen pour les droits de l’homme et la démocratie et mis en œuvre depuis janvier 2017 par l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) en partenariat avec Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme (AEDH). Six ans après l’adoption et la promulgation de la loi n°5-2011 portant promotion et protection des droits des populations autochtones au Congo, la situation des peuples autochtones en République du Congo, d’une manière générale, n’a pas suffisamment évolué.

Des missions effectuées par les équipes de l’OCDH dans ces trois départements affichent un tableau peu reluisant sur la situation des peuples autochtones: la discrimination à l’égard des peuples autochtones est encore importante, la pauvreté très présente (en particulier chez les femmes), l’habitat demeure un objectif marginal du gouvernement dans ses interventions, les conditions de vie minimales non améliorées…

Dans certaines localités, ils travaillent encore comme des bêtes de somme, «nous travaillons pendant des longues heures (de 8h à 15 h voire 16 h) pour un modique traitement (500FCfa) ; nous voulons une amélioration », ont fait savoir lors d’un focus-group avec les femmes autochtones, du village Ingolo II. Selon Georges Ngoma, autochtone de Makoubi, «quand un Autochtone n’a pas fini sa tâche par jour, il est obligé de refaire la même tâche le lendemain », explique-t-il tout en sollicitant à ce que soit revue à la hausse jusqu’à 2000 CFA, le prix d’une journée de travail chez les Bantous.

Pour certaines femmes autochtones rencontrées par les équipes de l’OCDH, «les mêmes Bantous avec lesquels nous cohabitons la nuit, se privent de manger notre nourriture la journée. Personne ici, parmi les Bantous, n’achètent ni ne mangent ce que nous préparons comme nourriture », raconte une autochtone du village Ngonaka, dans le district de Komono dans la Lékoumou. Quant à Léa*, une autre autochtone du village Mapati à environ 20km de Sibiti, «je ne pense pas que les hommes bantous qui viennent vers nous, nous aiment vraiment. Moi j’en ai l’expérience : j’ai 3 enfants avec un homme qui ne s’occupe presque pas de ces enfants et qui ne vient que la nuit chez moi. Je sais qu’il a honte car les gens vont se moquer de lui parce que je suis une femme autochtone », confie-t-elle.

Au lot des problèmes qui enfreint aux droits des autochtones, il y a l’éloignement ou l’inexistence des centres de santé et des établissements scolaire de leurs lieux d’habitation, ce qui ne permet pas à certains enfants autochtones de poursuivre au mieux leur cycle secondaire.

A Bomanzoko, un village à environ 23km de Mbomo dans la Cuvette-Ouest, Angel*, autochtone et mère de famille, lâche d’un ton dubitatif lors d’un focus-group organisé en début juin par une équipe de l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH), «nos enfants en classe de Cours Moyen un et deux (CM1 et CM2) sont contraints de parcourir environ 23km jusqu’à Mbomo pour poursuivre leur scolarité, pour ceux qui n’ont pas des tuteurs à Mbomo décrochent avec les études», déplore-t-elle.
Bien que la loi n°5-2011, en son article 31, leur garantit les droits d’accès, aux ressources naturelles et à des terres qu’ils utilisent traditionnellement pour leur subsistance, leur pharmacopée et leur travail, à Ingoumina, quatre autochtones affirment « avoir des difficultés à pratiquer la chasse dans les terroirs monopolisés par les Bantous. Il en est de même pour les Autochtones du village Ingolo II, une situation causé par la non application de l’article 32 de la loi n°5-2011 en ce qui est de la délimitation des terres autochtones sur la base de leur droit foncier coutumier », relève-t-on.

Signalons que dans le département de la Lékoumou, même si les peuples autochtones ne sont pas totalement libérés de certaines tares inscrites dans la coutume de la communauté dominante (Bantoue), à savoir, le faible pouvoir de la composante autochtone et l’absence de la femme autochtone dans l’espace de prise de décision à l’échelle du village (comités des villages), les violations de leurs droits pourtant protégés par la loi, les conflits exacerbés par la question de dettes, le déficit de scolarisation se traduisant par le manque de connaissance approfondie sur le contenu de la loi n°5-2011 et autres mécanismes internationaux de protection de leurs droits, il faut relever quelques avancées dans le domaine de l’éducation, la santé et l’enregistrement à l’état-civil.

Marien Nzikou-Massala
Sur les notes de Monica Ngalula

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